samedi 2 décembre 2017

Chasseurs de Trolls - Saison 1, de Guillermo Del Toro


Un matin sur le chemin de l’école, un adolescent ordinaire nommé Jimmy Dulac met la main sur une mystérieuse amulette et pénètre un monde sousterrain peuplé de trolls. Destiné à jouer un rôle d'envergure dans un combat entre le bien et le mal qui s'éternise et risque de tout détruire, Jimmy veut sauver le monde... après son cours de sport !

La saison 1 de la série évènement créée par Guillermo Del Toro est sortie cette semaine en DVD. Si vous souhaitez vous la procurer elle est disponible ICI.
On le sait Guillermo Del Toro voue une passion non dissimulée pour les monstres de tout poil ! Et avec Chasseurs de Trolls le public est servi : Trolls, Changelins et Gobelins se sont donnés rendez-vous pour une histoire profondément humaine et merveilleuse.


26 épisodes de 23 minutes composent la saison 1 de cette production Dreamworks diffusée sur la plateforme Netflix. Une dizaine d'heures qui nous plongent dans un univers haut en couleurs, peuplé de créatures fantastiques et dont l'intrigue rythmée ne laisse aucune place à l'ennui.

Humour justement dosé, personnages attachants, monstres machiavéliques et scénario riche en rebondissements font de Chasseurs de Trolls un excellent divertissement pour petits et grands. Quelques clichés s'invitent bien sûr ici et là : un jeune héros au destin tout ce qu'il y a de plus pépère se retrouve bien malgrè lui plongé dans une aventure palpitante, entraînant avec lui son copain un peu rond et la belle du lycée dont il est amoureux, les adultes ne sont pas toujours le soutien que l'on attend d'eux et se révèlent parfois être un ennemi redoutable...
Pour autant on oublie vite ces stéréotypes ! Au-delà du monde des humains, où les élèves populaires et beaux gosses se fichent du petit gros souvent réduit à être la risée des ses camarades en cours de sport, il y a le monde des trolls ! Un monde où les héros, les vrais, se révèlent et s'allient pour former une alliance débordante d'humanité (ou de Trollité !!!) et de solidarité.


A l'approche de Noël nul besoin d'être un enfant pour que la magie agisse ! Une esthétique peps et franchement revigorante, des couleurs flashy et une sacrée dose de bonne humeur font de Chasseurs de Trolls une série fort plaisante à visionner ! Chers lecteurs, chères lectrices en attendant la saison 2 je vous abandonne, il neige et je ne voudrais pas manquer l'occasion de faire un Trolls de Noël dans mon jardin !

Lady Fae


jeudi 30 novembre 2017

We Are the Flesh, d’Emiliano Rocha Minter


Bien le bonjour, cinéphiles et amateurs, je m’en reviens aujourd’hui vers vous avec un film récemment sorti dans les bacs mais que j’ai eu le plaisir de découvrir l’an dernier, au cours d’une de ces étranges séances de minuit proposée par le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Déjà à l’époque, d’ailleurs, j’avais voulu partager avec vous cette expérience cinématographique… disons extraordinaire, au sens propre du terme. Toutefois il me fallait pour cela au moins un second visionnage, or comme je vous le confiais plus haut, le long-métrage n’a été diffusé en DvD et Blu-ray que dernièrement. Le moment est donc tout désigné pour vous embarquer avec moi dans le monde tortueux du cinéma subversif mexicain !

… Nan mais si, vous verrez, c’est fabuleux.


Faire la nique au surréalisme. 

Avant d’aborder le film en lui-même, il serait de bon ton de revenir un court moment sur le courant dans lequel il s’inscrit tout autant qu’il se détache ; à savoir le cinéma surréaliste. Hybride bâtard mais non dénué de charme, on l’estime né en 1928 avec "La Coquille et le Clergyman", moyen métrage réalisé par Germaine Dulac. Parmi ses plus grands représentants venant ensuite, on trouve notamment "Un chien andalou" de Luis Buñuel (avis aux fans de Salvador Dalí), ou encore "Le Sang d'un poète" de Jean Cocteau. Le courant se montrera d’ailleurs si influent qu’il ne manquera pas d’inspirer de grands surfeurs, à l’instar des talentueux Terry Gilliam, David Lynch et autres Alejandro Jodorowsky. Alors oui, j’en devine certains qui s’apprêtent déjà à rédiger leurs plus belles lettres de dénonciation dans l’espoir de me voir finir au pilori sous prétexte que je ne distingue pas le néo-surréalisme du surréalisme en lui-même. Néanmoins, je trouve le genre déjà bien trop peu représenté pour en compliquer l’approche à tout curieux qui se présenterait. En effet, s’il est déjà difficile d’amener un spectateur occasionnel à sortir du sentir battu des blockbusters, ce n’est certainement pas en enculant des mouches qu’on réveillera sa fibre cinéphile. 

Alors en quelques mots, qu’est-ce donc que ce fameux courant surréaliste ? En somme, il s’agit d’un cinéma dont les films détonnent par leur logique narrative décousue et dont la diégèse est difficilement situable dans un contexte réaliste.  Rien d’étonnant alors à ce qu’on retrouve bien souvent les représentants de ce genre soigneusement étiquetés comme "fantastiques". Or, ce sont justement ces particularités qui lui valent un succès globalement mitigé auprès du grand public. On pourra se retrouver totalement perdu devant la trame du célèbre "Mulholland Drive" qui semble déboucher sur plus de questions que de réponses, pour la simple et bonne raison que le cinéma a passé des décennies à nous habituer à une construction bien établie et réglée. 

On peut –dans une moindre mesure- penser à la surprise qu’ont pu avoir les spectateurs lors de la projection du premier "Alien" de Ridley Scott, lequel faisait une entorse à la coutumière structure en trois actes en y ajoutant un quatrième. Et bien c’est la même audace que l’on retrouve dans le cinéma surréaliste, mais de manière exacerbée. Un pari osé, donc, à contre-courant des productions hollywoodiennes standards, mais qui placé entre de bonnes mains a pu donner naissance à des chefs d’œuvres absolus. Il est indéniable, compte tenu de tout cela, que les goûts personnels aient une part plus importante que pour n’importe quel autre genre cinématographique dans l’appréciation ou la dépréciation d’une œuvre surréaliste. La formule est simple : soit on prend totalement son pied, soit on passe un moment assez désagréable, mais dans les deux cas il est pratiquement impossible de juger le film en toute objectivité et avec un regard neutre. Et c’est là –à mon sens- la grande force de ce courant : pouvoir toucher de manière égale et sincère ses adjuvants comme ceux qui lui sont réfractaires. Car là où toute superproduction moderne peut dissimuler une narration faiblarde ou un scénario incohérent sous une épaisse couche d’effets spéciaux ou à l’aide de scènes de cul plus ou moins suggérées, un long-métrage surréaliste ne saurait profiter de ce luxe. 

Paradoxalement, la construction chaotique de ces films renforce l’importance qu’on attachera à leur cohérence, car s’il ne nous est pas possible de les transposer sur les codes de notre réalité, la diégèse est seule détentrice de nos repères. La plus infime incohérence est donc passible de tout faire s’écrouler, et, là, de définitivement paumer son public dans les méandres de la perplexité… 


Le Diable inCARNE

Tout d’abord, je dois vous présenter mes excuses pour le mauvais jeu de mots que constitue le sous-titre ci-dessus, j’en ai fait la promesse aux rédac’-chefs.  

Pardon.

A présent je peux vous l’expliquer sommairement et vous causer enfin du film qui nous intéresse ici. Ainsi "We Are the Flesh" ou "Tenemos la Carne" de son titre original (ça y est, vous l’avez ?) est le premier long-métrage signé par Emiliano Rocha Minter. Le film a été présenté pour la première fois en février 2016 au Festival international du film de Rotterdam et a passé l’année entière à écumer les autres festivals. Impactant, dérangeant, malaisant, ce sont clairement les adjectifs qui reviennent le plus de la bouche de ses spectateurs. Et de vous à moi, il n’en a volé aucun des trois. Du premier visionnage, on retient de l’œuvre son ambiance pesante et limite anxiogène, ses ponctuations musicales percutantes et primaires, mais par-dessus tout le regard de Mariano –incarné par Noé Hernàndez- qui tout du long n’aura pas manqué de vous sonder jusqu’à l’âme. L’acteur, jouissant d’une certaine notoriété et ayant accumulé l’expérience qui va de pair, nous offre une prestation formidable. Et si le reste du casting reste très convaincant par leur jeu, il faut avouer qu’à chaque plan c’est son personnage qui s’attirera les faveurs de notre attention. Et cela sert à merveille le métrage, tout en faisant de Mariano notre principal repère ; tout comme il le deviendra pour les deux jeunes qu’il accueille dans son refuge. 

Parlons-en, d’ailleurs, de ce refuge ! Le décor est juste fou. Si dans son introduction le film nous invite dans les couloirs et les salles délabrés d’un bâtiment visiblement à l’abandon, il subira des changements ahurissants à mesure que nos « héros » s’y terreront. Tout amoureux de l’urbex ou de post-apo trouvera son compte dans l’univers ravagé et chaotique qui nous est peint, puis sa transformation en une véritable grotte lugubre voire infernale ravira –particulièrement par sa mise en place- les amateurs de décors de cinéma. Enonçons-le franchement : dans "We Are the Flesh" c’est l’antre de la Bête qui vous ouvre ses portes, et si vous vous attendiez à y trouver quelqu’un d’autre que le Diable, c’est qu’on vous a définitivement mal renseigné. 

De ses sautes d’humeurs frisant la bipolarité à son rire qui n’inspire ni confiance ni sympathie, en passant par ses conseils à la morale discutable, Mariano est à ce jour la personnification du Démon au cinéma qui m’aura le plus impressionné. Une chance en soi, la version DvD et Blu-Ray ne bénéficie que des sous-titres pour traduire sa version originale, ce qui laisse apprécier à sa juste hauteur la performance de Noé Hernàndez. Son timbre de voix et la manière dont celui-ci accompagne les mimiques de son visage participent en effet grandement à l’aura de fascination qui entoure le personnage. Car si tant est que le spectateur surmonte le malaise et l’ambiance crasse du film, c’est fasciné qu’il se retrouvera face à ce véritable OVNI venu droit du Mexique. 

A défaut de ne pouvoir trop m’étendre sur la trame narrative du film, il me paraît important d’apporter une précision quant à son contenu : ne le regardez pas avec vos mômes. D’une part, ce n’est pas du tout le public visé et ils risquent de se montrer assez peu réceptifs, d’autre part : pénis, vagin, saiks, pénis, cul. On n’est pas dans du pornographique non plus, et les scènes sont chaque fois baignées d’une esthétique ô combien sublime, mais les images sont plus qu’explicites. D’ailleurs, l’avertissement ne s’adresse pas qu’aux parents ; si la nudité ou le noble acte coïtal vous gênent mis en images, sachez que "Tenemos la Carne" en recèle pas mal, du fait qu’une bonne part de son « intrigue » en traite. 

En somme, avec son premier long-métrage, Emiliano Rocha Minter tape très fort et peut se vanter d’avoir accouché d’une œuvre authentique et marquante. Conte cruel à la façon des frangins Grimm, cauchemar éveillé, descente aux Enfers ou mauvais trip d’acide, "We Are the Flesh" est indiscutablement un de ces rares diamants bruts qui compte un prisme de lecture pour chacun de ses spectateurs.

Sur ce, je vous laisse vaquer à vos habituelles occupations. Pour ma part il me reste encore à traduire la bande de ce vieux magnétophone trouvé dimanche dans un vide-grenier. Si d’ailleurs l’un de vous s’y connaît en latin, son aide serait la bienvenue ! 

Bien à vous,  
Bishop 9K


La bande-annonce en cadeau (Noël approche, tout ça, tout ça)

We are The Flesh est disponible en DVD et Blu-Ray ICI

vendredi 17 novembre 2017

Alice au Pays des Merveilles


A l’occasion du festival des Utopiales, notre plus jeune chroniqueuse, Etoile, 6 ans, a assisté à deux projections d’Alice au pays des merveilles, dans deux versions extrêmement différentes tant sur un plan visuel que du point de vue de l’histoire.

Etoile a tout d’abord découvert le film franco-britannique de Marc Maurette, Dallas Bower et Louis Bunin, adaptation assez fidèle du roman de Lewis Carroll. Le rôle titre est joué par Carol Marsh. L’avantage de cette version est qu’elle ne dissimule pas la dimension satirique de l’œuvre, notamment à travers la représentation de la reine Victoria. Ce film a malheureusement subi les foudres de Walt Disney, qui, inquiet pour le succès de son propre dessin animé (sortie prévue en 1951), a saisi la justice afin d’obtenir un report de la sortie de l’œuvre européenne. Il n’a pas obtenu gain de cause, mais, à force de pressions sur les laboratoires et les salles, il est parvenu à priver Bunin d’un certain nombre de soutiens qui ont nui à la fois à la qualité du film et à sa diffusion. Relativement méconnue, cette oeuvre n’est cependant pas dépourvue d’intérêt.

Le film s’ouvre sur une visite de la reine Victoria à l’université d’Oxford. Le doyen du prestigieux établissement a consigné ses trois chipies de filles dans leurs appartements afin d’éviter qu’elles ne commettent impairs ou bêtises. Le révérend emmène alors les sœurs en balade et profite d’une virée en barque pour leur conter l’histoire d’Alice. 


Etoile nous résume ainsi ce qu’elle a compris de l’histoire : "C'est l'histoire d'Alice qui est en train de rêver, et elle rêve qu'elle tombe dans un trou de lapin et elle vole avec sa robe et elle poursuit le lapin pour savoir ce qu'il fait, parce qu'elle ne sait pas. Elle rencontre des animaux imaginaires, comme le chat. Alice va chez la reine en prenant un chemin. Les cartes de la reine sont des cartes pour jouer. Elles parlent et bougent. La reine est très grande et le roi très petit. La reine dit toujours "qu'on lui coupe la tête !". Alice finit par ressortir. En fait elle était dans un rêve. Elle rentre chez elle."

Athina, sa Maman, a recueilli ses impressions après la projection :

Etoile, tu as d'abord assisté à la projection du film de 1949, qui est donc très ancien, par rapport aux films que tu as l'habitude de voir. Qu'en as-tu pensé ? Etait-ce bizarre pour toi ?
Etoile : Cela se voyait que c'était un très ancien film mais il n'est pas en noir et blanc, il y a des couleurs, d'ailleurs la robe d'Alice est bleue. Il y a des gens qui jouent, et aussi des marionnettes. Alice est jouée par une jeune fille et pas une petite fille, et j'aime bien comme ça. 

Athina : est-ce que tu t’es ennuyée ? Quels sont pour toi les points négatifs ?
Etoile : Je ne me suis pas ennuyée, même au début si c’est un peu long. J’ai tout compris à l’histoire je crois. Les marionnettes, je n'ai pas trop aimé, elles sont mal faites, vraiment pas très belles. Cela m'a un peu embêtée pour suivre. Je n'ai pas trop aimé les chansons non plus. 
Et puis on voit trop peu le chat je trouve, alors que moi je l’adore.

Athina : Conseilles-tu malgré tout le film ?
Etoile : Oui, il faut aller le voir parce qu’il est quand même bien. J’aime bien les deux versions en fait.


Etoile a en effet enchaîné sur la projection du film d’animation de Disney, qui offre une adaptation bien plus libre de l’œuvre de Carroll.

Athina : Etoile, tu m’as confié avoir préféré la version de Disney. Peux-tu m’en dire davantage ?
Etoile : J’ai préféré, oui, peut-être parce que j’ai plus l’habitude des dessins animés. Je croyais que le film de Disney était beaucoup moins vieux que l’autre. Je trouve qu’il est plus drôle, et le chat est plus présent. Donc je conseille de plutôt voir le dessin animé.

L’avis d’Athina :

L’Alice européen possède un charme indéniable mais il souffre selon moi d’un côté un peu sombre. Il manque d’excentricité, de fantaisie, de merveilleux. Les marionnettes ne sont esthétiquement pas très réussies, voire parfois presque effrayantes. L’interprétation de Carol Marsh est charmante mais très surjouée. Alice manque un peu de caractère et de piquant pour être réellement convaincante. Au final, le film présente sans doute plus d’intérêt pour un public adulte qui saisira la critique de la société victorienne.


La version de Walt Disney est sans conteste une grande réussite, un classique incontournable. Bien qu’assez éloigné de l’esprit de Carroll sur certains aspects, il en capte cependant l’aspect fantastique et merveilleux voire délirant avec brio. L’histoire d’Alice est avant tout un rêve, avec son lot d’incohérences et de non-sens, ce que le film de Bunin perd un peu de vue.
Pour conclure, les deux œuvres présentent chacune un intérêt totalement différent et les comparer serait inutile et stérile. Il me semble donc pertinent de découvrir chacune d’entre elles.

Merci aux Utopiales de nous avoir offert l’opportunité de (re)voir ces œuvres !

Etoile et Athina

Alice aux Pays des Merveilles, de Marc Maurette est disponible ICI