jeudi 13 juillet 2017

Spider-Man : Homecoming, de Jon Watts


Spider-Man : Homecoming est sorti en France hier, mercredi 12 Juillet 2017, et j'ai eu le plaisir de le découvrir au Cap'Cinéma de Carcassonne.

Après ses spectaculaires débuts dans Captain America : Civil War, le jeune Peter Parker découvre peu à peu sa nouvelle identité, celle de Spider-Man, le super-héros lanceur de toile. Galvanisé par son expérience avec les Avengers, Peter rentre chez lui auprès de sa tante May, sous l’œil attentif de son nouveau mentor, Tony Stark. Il s’efforce de reprendre sa vie d’avant, mais au fond de lui, Peter rêve de se prouver qu’il est plus que le sympathique super héros du quartier. L’apparition d’un nouvel ennemi, le Vautour, va mettre en danger tout ce qui compte pour lui....

L'homme-araignée est loin d'en être à ses débuts dans les salles obscures et son exploitation semblait avoir atteint ses limites. 
Pourtant Jon Watts signe ici un blockbuster réjouissant, dynamique et explosif ! Tom Holland prête ses traits à un Spider-Man adolescent un brin maladroit mais bien plus attachant que ses prédecesseurs (Tobey Maguire et Andrew Garfield). L'acteur tisse sa toile avec brio face à un méchant qui se sent pousser des ailes, j'ai nommé le Vautour, incarné par l'excellent Michael Keaton (qui décidément semble très à l'aise dans les rôles de personnages ailés et masqués !).

 

L'ensemble du casting retend la toile d'une franchise qui commençait sérieusement à battre de l'aile. Un Spider-môme attendrissant, un méchant magouilleur épatant et des seconds rôles qui apportent humour et fraicheur (et notament Ned "Le geek dans le fauteuil" interprêté par Jacob Batalon) font de Spider-Man : Homecoming un film devant lequel on s'amuse vraiment. 

Derrière une histoire plutôt simple on sent une volonté de plaire à un public familial et intergénérationnel. Spider-Man n'est pas uniquement le super-héros que l'on connaît et qui parle aux plus anciens : le Spider-Man qui souhaite à tout prix aider son prochain tout en préservant ceux qui lui sont chers. Il est également un adolescent dont une des préocupations majeures est d'inviter sa belle au bal de promo de fin d'année et de ne plus être considéré avec son ami Ned comme un looser !
Un personnage et une histoire qui touchent un public large dans une mise en scène soignée et colorée mélant humour et action.

Le scénario est abordable, la BO signée Michael Giacchino est décoiffante (le thème principal est fort bien réécrit !), les scènes d'action ne tombent jamais dans la violence à outrance.  Spider-Man : Homecoming est, à défaut d'être le meilleur film de super-héros de l'histoire du cinéma, une excellente comédie d'aventure à voir en famille !

Lady Fae

dimanche 2 juillet 2017

Okja, de Bong Joon Ho


Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s'est occupée sans relâche d'Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand la multinationale familiale à laquelle la créature appartient vient récupérer Okja et transporte l'animal jusqu'à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l'entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.
Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu'elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s'emparer du destin d'Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.

Okja est sorti le 28 Juin 2017 sur Netflix et le nom de cet attachant animal semble depuis être au coeur des conversations. Bong Joon Ho, à qui l'on doit déjà The Host et The Snowpiercer, signe là un film poignant dont on ne sort pas indemne.


Un casting atteignant des sommets de perfection

La jeune Ahn Seo-Hyeon, qui interprête magnifiquement Mija, rayonne de douceur et de sincérité au beau milieu d'un casting de qualité où chaque acteur rivalise de talent.
Lily Collins (Blanche Neige), Paul Dano (Little Miss Sunshine) et Steven Yeun (The Walking Dead) s'offrent ici trois beaux rôles : activistes engagés dans un Front de Libération des Animaux, ils sont le moteur de l'expédition visant à libérer Okja ! Les trois acteurs sont tout autant capables de faire rire que d'émouvoir dans un film alternant scènes cocasses et séquences tragiques. 

Face à cette équipe de choc, Tilda Swinton, Giancarlo Esposito et Jake Gyllenhaal sont plus détestables et caricaturaux que jamais. 
Tilda Swinton est la PDG de Mirando, une femme pathétique à qui la soeur jumelle n'épargne rien dans ses tentatives pour faire de l'entreprise familiale le fleuron en matière de super-cochon ! Jake Gyllenhaal s'essaie à un rôle peu conventionnel de vétérinaire alcoolique, dépressif et excessif déchiré entre son amour des animaux et la mission (donner envie au public de consommer du super-cochon) que lui a confié son employeur Mirando. 
On retrouve également Giancarlo Esposito qui joue là le directeur financier de Mirando. Il renoue avec le rôle d'un gestionnaire cynique et sans pitié. Nous l'avions en effet découvert dans le rôle de Gus Fringe de la série Breaking Bad. De "Los Pollos Hermanos" aux "súper cerdos" il n'y a qu'un pas qu'il franchit avec succès !  Des rôles taillés sur mesure où froideur, démesure et ambition rongent ces protagonnistes dont le seul but est de se faire "un paquet de fric" !


L'esthétique

Le film de Bong Joon Ho est à mi-chemin entre le cinéma asiatique et occidental, comme pour l'adaptation du Transperceneige. 
La campagne coréenne y est dépeinte de façon contemplative et avec sérénité. Cela contraste ensuite avec la rigueur feutrée de Séoul et l'effervescnece citadine de New-York.
La musique est discrète pendant la majeur partie du film mais appuie efficacement les scènes. Elle se veut parfois totalement décalée lorsque qu'elle prend, contre toute attente, des sonorités hispanniques lors de la course poursuite dans la galerie commerciale de Séoul. 
L'animation de la créature Okja est bluffante de réalisme :  sa gestuelle ou ses expressions rappellent le cochon, l'hippopotame et le lapin bélier, la texture de son épiderme est merveilleusement recréée.
Présentant la beauté de la campagne coréenne où règne le calme et la joie de vivre, les sombres lieux d'élevages et d'abattages des super-cochons, et mettant en scène une créature plus vraie que nature, le film offre à son public une esthétique qui n'a rien à envier aux grosses productions.


Okja : plaidoyer pour les animaux et satire du capitalisme

Le réalisateur Bong Joon Ho, mèle ici les genres sans pour autant perdre son public. Oscillant entre fantastique et dure réalité Okja est à la fois un conte sur l'amitié entre un animal et son humain (l'inverse fonctionne aussi !) mais également une satire décapante du monde moderne : y sont dépeind le green-washing et les stratégies marketting mensongères visant à donner au produit un caractère artisanal et authentique là où l'industrie ne jure que pas la sur-production et le capitalisme à outrance. 
Si Okja ne remet pas complétement en cause la consommation de viande (Mija et son grand-père ne sont pas végétariens), le film alerte sur les conditions désastreuses d'élevage et d'abattage des animaux dans notre société moderne.

Sous couvert d'une aventure fantastique mettant en scène Mija, jeune fille issue de la campagne coréenne, et Okja, cochon géant appartenant à une firme agroalimentaire, le réalisateur signe là une fable écologique et éthique extrémement touchante. Le conte devient un cri déchirant en faveur de l'animal.
Ce qui aurait pu se réduire à un film de SF foisonnant de clichés ou à une dystopie se révèle être un long-métrage lourd de sens dont l'esthétique ne vient pas masquer la leçon de vie et le message qui en ressortent. Un conte cruel mais nécessaire !

Lady Fae et Lord Kavern

vendredi 30 juin 2017

The Last Girl - Celle qui a tous les dons, de Colm McCarthy


Au fin fond de la campagne Anglaise, une base militaire héberge et retient prisonnier un groupe d'enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène "zombie" qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions. Lorsque la base est attaquée, Mélanie, qui semble être la plus surdouée d’entre eux, réussit à s’échapper en compagnie de son professeur, de deux soldats et d’une biologiste qui ne voit en elle qu’un cobaye indispensable à la découverte d’un vaccin. Dans une Angleterre dévastée, Mélanie doit découvrir qui elle est vraiment et décider ainsi de son propre sort comme celui de l’humanité tout entière.

The Last Girl est un film dramatique anglais se passant dans un proche futur post-apocalyptique où les derniers survivants humains se terrent dans des bases surprotégées pour échapper aux voraces, des personnes infectées par une épidémie fongique qui les transforme en zombies. Le film, réalisé par Colm McCarthy, est basé sur le roman éponyme de M.R. Carey a qui on doit plusieurs scénarios de comics tels que Lucifer (Vertigo), Sandman Presents, Red Sonja ou Ultimate Fantastic Four entre autre.

En voyant le film on ne peut que penser à une autre histoire de zombie fongique prenant place dans une sorte de roadtrip apocalyptique : The Last of Us. Sans pour autant avoir les moyens de ce sommet de l'expérience vidéoludique (plus de 40 millions de dollars), The Last Girl, avec un budget de 5 millions de dollars, joue sur des effets moins spectaculaires qu'un blockbuster du cinéma ou du jeu vidéo mais franchement efficaces.  Les lieux de tournages (bases militaires, bâtiments en ruines, ou envahis par la végétation) sont très bien rendus, appuyés par des incrustations CGI (Computer-Generated Imagery) discrètes mais qui dépeignent une ville de Londres ravagée. Les accessoires sont réalistes (masques respiratoires, véhicules, bunkers/PC étanches déployés lors de l'épidémie, etc…) et le maquillage des infectés s'avère simple mais efficace. 

Le film est porté par l'interprétation de ses acteurs surtout : les figurants  ne sont pas trop caricaturaux (qu'ils soient militaires ou zombies) et campent bien leur rôles. 
Glenn Close (Docteur Caldwell), froide à souhait,  joue une médecin épidémiologiste pragmatique qui ne voit en ces enfants infectés que des sujets pouvant l'amener a trouver un vaccin pour sauver l'humanité. Elle est contrebalancée par Gemma Arterton (Helen Justineau) qui, elle, joue l'enseignante des enfants infectés et leur apporte les seules démonstrations d'affection ou d'humanité. Enfin Paddy Considine (Sergent Eddie Parks) campe un militaire réserviste froid qui se révèle plus nuancé qu'il n'y parait sur la fin, lorsque le vernis institutionnel s'efface devant la nécessité de survivre.  

Ce qui frappe dans ce film c'est l'innocence et la candeur qui se dégage du personnage de Mélanie, campée par la jeune actrice Sennia Nanua. Paradoxalement, elle a conscience qu'elle est "différente" et qu'elle peut être dangereuse pour les autres mais veut surtout être considérée comme un être intelligent, doué de sentiments et non un simple monstre affamé comme les humains infectés par le champignon.

Tout cela fait de The Last Girl, un film intelligent, à la narration parfois un peu lente mais qui choisit de prendre le thème de l'apocalypse zombie, non pas comme l'ont fait un certain nombre de blockbusters mais sous un nouveau jour original. Le film parle de la fin de la civilisation abattue par une terrible pandémie et de l'avènement d'une nouvelle ère où seuls les adaptés survivront.

Lord Kavern